Le Roi Lear, par une troupe étincelante

Cet automne, la folie du Roi Lear se répand au Théâtre de la porte Saint-Martin. Sur une majestueuse scène épurée, les personnages s’affrontent comme des figures sur un échiquier. Chacun à sa manière rayonne d’une force éclatante. Dans le rôle titre, un monumental Jacques Weber. Pour son serviteur Kent, un remarquable Babacar M’Baye Fall. Les trois filles du Roi sont resplendissantes, une piquante Astrid Bas pour Goneril, une sournoise Grace Seri pour Régane et une délicate Bénédicte Guibert pour Cornélia. Autant de personnalités étincelantes sur cet échiquier où se déversent les pires maux de l’humanité. De complots en trahisons, les lignes de force se dessinent avec sobriété entraînant la chute du Roi. Entre classicisme et modernité, ce Roi Lear est la troisième mise en scène de cette pièce signée Georges Lavaudant.

@ Bertrand Delouse

Costumes flamboyants, corps altiers, éloquence cérémonieuse. Face public, Lear a réuni les siens pour faire une annonce. Le Roi a l’intention de se retirer. Pour cela, il souhaite léguer son royaume à celle de ses trois filles qui lui témoignera le plus grand amour. L’honnêteté de la plus jeune le plonge dans une immense colère. Il partage alors son royaume en deux pour les perfides Goneril et Régane. La relation père-fille au cœur de la déflagration.

@ Jean Louis Fernandez

La tendresse dans le chaos

Sur le plateau nu, les quelques éléments scénographiques prennent toute leur force. Les ceps pour la captivité de Kent, d’immenses toiles suspendues comme symbole de la nature ou les épées et les costumes de militaires pour signifier les affrontements. Des signes forts pour marquer les actions majeures de la tragédie : distancier l’action tout en allant à l’essentiel. Dans cet environnement minimaliste, les personnages soigneusement dessinés irradient avec puissance.

@ Jean-Louis Fernandez

Les corps tenus en début de séance laissent place à des corps fatigués, courbés et écorchés. A mesure que le chaos progresse, la douceur de Lear se révèle. Sa fureur se transforme en tendresse. Une tendresse admirablement incarnée aussi entre Gloucester (un délicat François Marthouret) et son fils légitime Edgar (un malicieux Thibault Vinçon). Actant essentiel de la pièce, la nature apparaît en filigrane dans le texte et de manière symbolique par des grandes toiles et par des effets de lumière. Le mise en scène joue ainsi continuellement avec les signes.

@ Bertrand Delouse

Entre classicisme et modernité, les personnages évoluent admirablement sur l’immense plateau telles les pièces d’un échiquier de l’humanité. Pour cela Georges Lavaudant s’est entouré d’une troupe de comédiens remarquables. En tournée depuis le mois d’Octobre, Le Roi Lear se joue jusqu’au 27 novembre au Théâtre de la Porte Saint-Martin, dans une programmation au Théâtre de la Ville, avant de poursuivre sa route à Vesoul, Marseille, Villeurbanne, Grenoble, Annecy et Saint-Etienne jusqu’à la fin 2022. Allez-y !

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