Une jeunesse incandescente

Ils sont jeunes, lumineux et drôles. Touchants et profondément humains. Neuf flammes éclatantes pour illuminer la salle Chapitre du Théâtre des Halles. Ils se livrent avec générosité et sans pudeur. Amour, sexe, origine, des témoignages intimes. Neuf jeunes adultes venus des quartiers. Ils jubilent, cabotinent parfois. Pour sûr, ils prennent un plaisir évident. Une jouissance du plateau allègrement partagée avec les spectateurs devenus complices. Dans un format théâtral nourri d’un travail ethnographique, Incandescences est l’aboutissement de mois de préparation dirigés par Ahmed Madani, le metteur en scène. Ils sont ici et maintenant. Ils sont incandescents.

@ Nicolas Clauss

Incandescences est le dernier volet de la trilogie Face à leur destin inaugurée en 2012 par Ahmed Madani. Son but, faire entendre la voix de la jeunesse. Le metteur en scène a parcouru les quartiers populaires d’une douzaine de villes de France pour sélectionner neuf trajectoires de vie aussi touchantes que lumineuses. Neuf talents bruts pour un spectacle rayonnant.

Une jeunesse lumineuse

Sur un plateau vide, Virgil nous présente ses parents dont l’image est projetée sur le fond de scène. C’est simple et émouvant. Seul face à une salle bondée, regard franc, voix posée, il nous fait entrer dans l’intimité d’un couple amoureux qui désire avoir un enfant. Malgré la maladie d’un parent, Virgil est né. Très vite, nous sommes absorbés dans cette histoire de famille. Ce qui semble ordinaire devient extraordinaire.

Après Virgil, d’autres camarades lui embrayent le pas. Le ton est lancé. Narration, chant, danse, scène, les séquences s’enchaînent. Ahmed Madani évite les clichés sur la cité. Sur scène, ces jeunes parlent avec dignité dans une langue honorable, sans argot. Eloquence et présence pour ces apprentis comédiens au charisme qui crève la scène.

@ François Louis Athenas

La nouvelle Misère du monde

Partant de neuf personnalités, Ahmed Madani réussit à unifier une langue et un récit autour des enjeux d’une génération. Une unité se dessine autour de leurs préoccupations sur l’amour et la sexualité. La vision homogène d’une génération en prise avec des conventions parentales desquelles ils tentent de s’émanciper. L’identité de la troisième génération issue de l’immigration.

Pologne, Portugal, Algérie, Cambodge et autres pays africains. Ils sont les petit-enfants des immigrés rencontrés par Pierre Bourdieu dans les années 1990 pour son essai La Misère du monde. Une étonnante résonnance tant les récits pointent les enjeux d’une génération et les obstacles qu’elle doit contourner pour se libérer.

Après presque deux heures, effet cathartique assuré. Bravo Monsieur Madani pour ce fabuleux travail. Le public est dithyrambique : standing ovation.

Pendant tout le Festival Off 21, Incandescences se joue à 11h au Théâtre des Halles jusqu’au 30 Juillet.

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