Une étincelante Mademoiselle Julie

Au Théâtre des Halles, Sarah Biasini est une bouleversante Mademoiselle Julie. Petite blonde chétive, elle surgit dans la cuisine du domaine de Monsieur le Comte, son père, avec une insolence déconcertante. Jouant de manipulations et de caprices sensuels, Mademoiselle Julie est prise à son propre jeu. Christophe Lidon présente une admirable mise en scène du célèbre huis clos de Strindberg en ouvrant sur le hors champ du drame par des projections vidéo. Les spectateurs sont alors invités à porter un regard sur les origines familiales de la jeune aristocrate. Un excellent classique à découvrir pendant tout le festival Off d’Avignon au Théâtre des Halles.

@ Cyrille Walroff

A l’aube de sa majorité, Julie est écartelée entre l’éducation traditionnelle de son père et l’émancipation féministe léguée par sa mère. Enivrée par les festivités de la Saint Jean, elle séduit le valet de son père à coups de provocations et d’humiliations. Puis, l’étau se resserre sur la jeune femme dans un climat électrique. La nuit, une cuisine, deux domestiques et une artistocrate en route vers une tragédie.

Quand la scène bascule

D’emblée, une imposante table de cuisine occupe quasiment tout le plateau. Julie se dandine sur cet immense podium pour charmer le palefrenier. Elle bouillonne de désir. Par un jeu très maîtrisé, Sarah Biasini gomme les 25 ans qui la sépare de Julie. Frêle et à fleur de peau, la comédienne évolue sur le fil du vacillement jusqu’à la tragique issue.

Puis, la table chavire et l’histoire bascule. Symbole du renversement, le meuble échoue sur la scène marquant l’inflexion de la tragédie. Une première partie marquée par l’euphorie de Julie juchée sur un podium. Et une deuxième partie marquée par le désespoir de Julie gisant sur le sol.

Ouverture sur le hors champ

Les souvenirs de famille et les rêves d’une vie meilleure sont très présents dans le texte de Strindberg. Libre aux spectateurs de poser leur regard sur les images du domaine familial proposées par la mise en scène ou de se laisser porter par le récit livré par trois excellents comédiens.

Sarah Biasini, Yannis Baraban et Déborah Grall entretiennent avec justesse la tension dramatique définie par la différence de classe et les attirances charnelles. D’une part, le déséquilibre physique entre Jean et Julie soutient le rapport de force entre les deux amants. D’autre part, Christine, pieuse et déterminée, apparaît comme un contrepoint parfait face à une Julie instable et dévergondée. Une distribution judicieuse pour une très belle mise en scène. Allez-y !

Mademoiselle Julie se joue à 16h30 au Théâtre de la Manufacture.

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