Phèdre par les sensations

« C’est moi qui sur ce fils chaste et respectueux

Osai jeter un oeil profane, incestueux.

Le ciel mit dans mon sein une flamme funeste ;

La détestable Oenone a conduit tout le reste. »

Au crépuscule de sa vie, Phèdre annonce à son époux Thésée qu’elle vient de s’administrer un poison aporté dans Athènes par Médée. Cette sentence funèbre la délivre du sort jeté par les dieux : un amour incestueux pour Hypolite, son beau-fils. Les alexandrins les plus célèbres du répertoire sont mis en scène par Cécile Garcia Fogel à la manière d’un oratorio très épuré. Vendredi dernier, Trézène mélodies était présenté à un public professionnel au Théâtre 14. Une traversée musicale, poétique et visuelle d’une rare beauté.

Un orotario très épuré

Côté cour, un homme brun joue de la guitare. Puis, deux femmes apparaissent sur scène, l’une plutôt petite et menue, l’autre grande et athlétique. Les trois artistes chantent les alexandrins de Racine sur des airs méditerranéens. La poésie est parsemée des vers de Yannis Ristos. Un matériau textuel mis en forme de manière polyphonique et visuel. La metteuse en scène parle d’oratorio très épuré. Depuis la salle, on observe un objet sensoriel riche de signes à la manière d’un Phèdre Matériau.

Phèdre matériau

Dans la pénombre, sept chaises en bois sont regroupées vers le lointain. Côté jardin, une grosse corde enroulée repose sur le sol. Un long bâton de pèlerin et deux seaux remplis de sable noir sont répartis sur la scène. Un décor composé de signes chargés de significations. Une lumière chaude pénètre à travers des persiennes dessinant des stries orangées sur le sol. Il fait chaud et sombre. La musique et le chant accentuent le lyrisme des vers. Ils adoucissent l’atmosphère malgré les évocations funèbres et graves de la scénographie.

Un appel aux sensations

Plus qu’une lecture littérale voire cérébrale, Trézène mélodies apparait comme une mise en sensation de la tragédie de Racine. Le spectacle propose un point de vue sensoriel de Phèdre comme cette impression pesante d’enfermement. Une sensorialité véhiculée par les différents timbres des voix, le son de la guitare, les variations de lumières souvent basses et les matériaux naturels comme le sable et le bois.

Cette pièce est un voyage poétique où l’on se laisse bercer par les vers qui nous parviennent comme des va et vient. Le récit est porté par trois voix chantant alternativement les mots des personnages. Au final, Trézène mélodies invite au lâcher prise pour mieux éprouver cette tragédie grecque. Lorsque les salles ouvriront, foncez !

Trézène mélodies, mise en scène Cécile Garcia Fogel est programmé du 6 au 23 avril dans la région des Hauts-de-France et le 25 avril dans le musée Würth-Erstein.

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