Un Ennemi d’Ibsen, à l’os

L’opposition entre les intérêts économiques de la bourgeoisie et les convictions humanistes des défenseurs de la santé publique faisait déjà débat au XIXè siècle comme en témoigne la pièce d’Ibsen, Un Ennemi du peuple. Au-delà de l’évidente résonance contemporaine, son adaptation par Guillaume Gras détonne de puissance et de justesse. En mettant l’accent sur les tensions entre les personnages, la mise en scène s’articule autour de deux thèmes. D’une part, la dialectique de l’écologie et du capitalisme se dessine entre le couple Stockmann (Tomas et sa femme) et la petite bourgeoisie (Peter et les actionnaires). D’autre part, la pièce questionne la crédibilité d’un lanceur d’alerte instruit mais isolé face à celle de la majorité compacte, ignorante mais largement représentative. Texte judicieusement épuré. Distribution convaincante. Le combat se muscle sur le plateau du théâtre de Belleville, éclairé plein feu, où chacun défend coûte que coûte ses intérêts.

© Vincent Fillon

Le pitch

Tomas Stockmann, médecin des bains de la ville dont son frère est maire, découvre que l’eau est contaminée. Des travaux dispendieux sont nécessaires pour assainir les thermes. Pour ne pas ruiner les actionnaires, Peter Stockmann s’y oppose. Il est soutenu par la majorité des citoyens. Tomas entame alors une lutte pour défendre ses idéaux humanistes contre les intérêts économiques de la bourgeoisie.

Joute verbale sur le ring

A l’entrée du public, les comédiens sont assis sur les sièges qui cernent la scène. Le dispositif quadri-frontal épuré gomme toute contextualisation temporelle et spatiale. Les habits quotidiens renforcent l’ancrage de la pièce dans notre contemporain. Un propos actuel et universel donc.

Pour entrer en jeu, les comédiens se lèvent et investissent la scène carrée. Ils mettent fin aux séquences en rejoignant les chaises vacantes. Les scènes s’enchaînent alors dans un anonymat spatial et sans repère temporel. Plein feu donc sur l’évolution des personnages et sur l’engrenage des rapports de forces.

© Vincent Fillon

Une adaptation « à l’os »

Réduit à l’essentiel, le texte est droit et tranchant. Les situations et les enjeux sont clairement dessinés. Les six comédiens campent parfaitement leurs personnages à l’instar de Nicolas Perrochet qui incarne un médecin sincèrement humaniste dont la puissance monte crescendo pour devenir un incontestable Ennemi du peuple. Une délicate touche d’humour est apportée par Aslaken, personnage interprété avec finesse par Ivan Cori.

Vue pendant la première semaine de diffusion, ce spectacle est déjà très solide. Et les deux trois accrocs de texte injectent une dose de réalisme à cette mise en scène déjà très vivante. Allez-y !

Un Ennemi du peuple, mise en scène de Guillaume Gras au Théâtre de Belleville.

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