Hedda, au nom de l’amour

Hedda est l’une des 219 000 femmes victimes de violences conjugales en France. Avec une grande finesse, la comédienne et metteure en scène, Lena Paugam retrace l’histoire d’un couple qui bascule en enfer. La pièce Hedda dissèque le cheminement amoureux d’une jeune femme qui sombre dans l’horreur conjugale. Hedda tombe sous l’emprise d’un homme dont les coups et l’humiliation s’infiltrent insidieusement. Sur la petite scène du Théâtre de Belleville, la comédienne porte magistralement le texte de Sigrid Carré-Lecoindre.

@ Pauline Le Goff

L’écriture de Sigrid Carré-Lecoindre s’appuie sur un travail documentaire notamment sur l’histoire de Hedda Nussbaum. Cette américaine a écrit Survivre au terrorisme intime pour témoigner des violences conjugales qu’elle avait subies. Le titre Hedda en référence à Hedda Nussbaum. Mais, le détonateur de ce projet a été la dépénalisation des violences conjugales en Russie en 2017. Parler du sujet publiquement devient alors une urgence.

Au nom de l’Amour

De toute évidence, pour Lena Paugam, « aucune représentation de la notion de famille ne semble pouvoir légitimer la violence physique ou psychologique ». Sans jugement ni sermon, la pièce pointe subtilement les signes mis sous silence à l’aube de la relation.

Dès les premiers chapitres amoureux, les indices du drame sont présents. Le soir de la rencontre, elle tombe littéralement sous son charme. Elle trébuche et elle tombe. Ensuite, les sentiments se développent dans un rapport de domination. Les compliments abondent pour mieux contrôler. Malgré les premières humiliations, elle reste. Pour lui faire plaisir, elle s’habille à sa manière à lui. Comme une marionnette, elle chausse des escarpins qui tordent ses pieds. Il la façonne. Elle se contorsionne.

La violence sème ses petites graines et s’infiltre dans le tissu amoureux. Le virus se propage dans les interstices de la relation jusqu’au premier COUP.

@ Pauline Le Goff

Les mots trébuchent et se bousculent

Le premier coup paralyse. A cet instant, l’intensité du jeu bascule. Dans la première partie de la pièce, la tension monte délicatement jusqu’à la première déflagration. Puis, comme l’indique cette didascalie, « le rythme du texte […] prend en charge la violence des coups. » Une violence présente dans l’écriture saccadée et brillamment incarnée dans le souffle entrecoupé de la comédienne.

Elle ne dit pas le texte, elle le respire. Entre la sidération et le silence, elle lutte pour surmonter la violence. Être plus forte. L’espoir des premiers instants. La déformation mentale devient physique. Son corps tout entier, se transforme à mesure que la gangrène se propage. Puis, le vide s’installe.

Elle s’isole. La peur est constamment présente. Elle s’efface. Elle n’est que l’ombre d’elle-même. Elle s’enferme dans un silence assourdissant.

@ Pauline Le Goff

Différents points de vue

La comédienne fusionne admirablement avec l’écriture chaotique. Les phrases ont mal. Les mots appartiennent au Narrateur, à Hedda et à Lui. Trois visages, trois points de vue finement interprétés par la même personne. Un micro scotché sur le visage permet de créer deux espaces sonores. La voix augmentée résonne comme une voix off, en surplomb. Un autre regard sur l’histoire, extérieur et neutre.

La violence de la situation contraste avec le plateau feutré. Au sol, une moquette vert amande. Au mur, un papier peint fleuri vert amande aussi. La scène est vide avec une chaise et un miroir. L’ambiance est tamisée. Le cauchemar se repend dans une atmosphère confortable. Au lointain, une porte ouvre sur la salle de bains laissant paraître une baignoire. Le bain a cimenté leur amour jusqu’au dernier acte. Noir final.

Les applaudissements tardent à venir. Il faut quelques secondes pour reprendre ses esprits. Une semaine après avoir vu le spectacle, les mots résonnent encore. Foncez voir ce spectacle avant le 29 mars au Théâtre de Belleville.

@ Pauline Le Goff

Le psychiatre Carl Gustav Jung souffle une lueur d’espoir, « la clarté ne naît pas de ce qu’on imagine le clair mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur. »

Hedda est à voir au Théâtre de Belleville jusqu’au 29 Mars.

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