Une Puce bien excitée au Français

Après Un Fil à la patte puis L’Hôtel du libre-échange, le Feydeau à l’affiche de la Comédie-Française en 2020 est La Puce à l’oreille. Cette saison, le vaudeville s’installe à la montagne dans les années 60. Connu pour ses satyres sociales, le théâtre de Feydeau résonne divinement dans le décor à la Mad men. Les figures féminines s’encanaillent gentiment. Et la petite bourgeoisie s’enflamme dans ce village enneigé. Entre malentendus et situations cocasses, l’intrigue vire à l’absurde. Lilo Baur signe une mise en scène déjantée, de quoi émoustiller les spectateurs de la salle Richelieu.

Une fois n’est pas coutume, l’amorce de la représentation a été désagréable. Alors que les techniciens prenaient la parole pour manifester leur mécontentement contre le projet de réforme des retraites, une poignée de spectateurs les ont traités de fainéants et d’enfants gâtés. Rapidement, des cris de soutien ont écrasé les insultes. Le porte-parole termine de lire le message. Le théâtre comme agora politique, ce préambule en fût la démonstration. Revenons à Feydeau.

Un vaudeville dans les années 60

L’histoire démarre dans le salon des époux Chandebise. Madame soupçonne Monsieur de la tromper. Elle lui tend un piège en lui envoyant une lettre d’amour rédigée par son amie Lucienne. Cet appas est une invitation à l’hôtel du Minet-Galant pour le pincer. La situation se complique lorsque le valet de chambre s’avère être le sosie de Monsieur Chandebise. Entre le chalet et l’hôtel des amours adultères, les va-et-vient fusent dans un rythme effréné. Dans un décor pop, l’énergie est électrique.

Les mots de Feydeau résonnent plutôt bien dans les sixties. Alors que la nouvelle vague révèle les figures féminines émancipées comme la pulpeuse Brigitte Bardot ou Jeanne Moreau dans Jules et Jim, Lucienne et Raymonde restent un peu timorées. Dans un registre à la Tex Avery, les comédiennes injectent toutefois une bonne dose de coquetterie à leurs personnages de jeunes bourgeoises. Pauline Clément joue un désir sexuel hilarant lorsque sa Lucienne écrit la fameuse lettre. Joan Bellviure a accompagné les comédiens dans l’analyse des mouvements pour produire un jeu burlesque décalé et extrêmement précis.

Les personnages haut en couleurs

Les personnages hauts en couleur sont malicieusement dessinés par une gestuelle clownesque très physique. Avec ses grosses lunettes, Alexandre Pavlov est un hilarant Docteur Finache. Notons la grosse performance de Serge Bagdassarian qui réalise des sprints en coulisse pour sortir côté jardin et rentrer à cour en très peu de temps et en changeant de personnage. Il joue deux rôles dans des états très éloignés avec beaucoup de talent. Des entrées et sorties réglées comme du papier à musique. Ça claque côté jardin, ça saute côté cour, ça entre au lointain. On se croirait à Roland Garros.

@ Brigitte Enguerand

Cette vitalité se propage jusque dans les costumes aux couleurs pop. La singularité des personnages est augmentée par les tenues aux tons vifs comme les robes unis violette, verte ou orange des personnages féminins. Un style Mad men jusqu’au bout des cheveux avec des coiffures aux brushing volumineux et aux grands bandeaux colorés. Des formes graphiques que l’on retrouve dans la scénographie. Les murs en bois sont striés jusqu’au parquet. Entre les actes, les changements se font à vue sous la forme d’une douce chorégraphie.

Dans un rythme endiablé, l’histoire défile jusqu’au joyeux dénouement. Les comédiens ont réalisé un sprint théâtral de deux heures. Une séance de sport partagée avec le public qui n’a cessé de rire. Un bon Feydeau débridé et dépoussiéré.

Il vous reste une semaine pour trouver un petit sésame au petit bureau de la salle Richelieu. Le spectacle affiche complet. Nous ne doutons pas que ce bon Feydeau sera repris la saison prochaine. Foncez !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :