Des fleurs pour le pardon

Des fleurs de soleil comme symboles de rédemption. Des fleurs de pardon tournées vers le soleil comme une ode à la mort paisible. Mourir en paix, tel était le désir de l’officier SS Karl lorsqu’il a demandé pardon à Simon Wiesenthal. Une grâce que lui a refusé ce polonais sorti des camps de concentration en 1945. Une question l’a poursuivi pendant des années : « ai-je eu raison ou ai-je eu tort ?” En 1969, il publie Fleurs de soleil, un essai qu’il a envoyé à différentes figures morales en leur demandant, « qu’auriez-vous fait à ma place ? ». Dans un seul en scène captivant, Thierry Lhermitte donne voix à la démarche de Wiesenthal. Sur le plateau, son témoignage est soigneusement mélangé aux réponses des penseurs de notre époque comme Primo Levi ou Simone Weil. La saisissante partition théâtrale de Daniel Cohen et Antoine Mory est mise en scène par Steve Suissa.

@ Jean-Louis Fernandez

Sous l’impulsion de Thierry Lhermitte, ce spectacle rejoint les nombreuses démarches qui ont alimenté la réflexion de Wiesenthal. Une délicate invitation aux questionnements « Peut-on pardonner l’impardonnable ? Peut-on accorder soi-même une rédemption au nom d’autres victimes ? » Avant sa venue au Théâtre Antoine, Fleurs de soleil a été joué à Tel Aviv et à Jerusalem en Octobre 2019.

Un tribunal moral

Au-delà du témoignage de Wiesenthal, la pièce élargit la réflexion sur le pardon à des figures telles qu’Albert Speer, ministre de l’armement du IIIè Reich, Elisabeth de Fontenay ou Mathieu Ricard. Ces perspectives scientifiques, religieuses, philosophiques et autres… sont des repères moraux qui jalonnent la pensée du spectateur. Leur agencement chronologique donne l’impression d’une élévation du raisonnement allant du pragmatique militaire nazi vers l’ésotérique moine bouddhiste, Mathieu Ricard.

@ Jean-Louis Fernandez

Un récit sur trois plans

Ces points de vue contemporains donnent aussi du souffle au récit éclaté sur trois styles : la narration, le dialogue et le témoignage. Trois genres que la mise en scène formalise judicieusement. Les témoignages pré-enregistrés sont projetés sur un écran au-dessus du comédien. Des voix off accompagnent l’image.

Seul sur scène Thierry Lhermitte oscille entre deux styles de jeu : la narration et le dialogue dont il incarne différents personnages. Au fil de la réflexion, les réponses à l’essai rejoignaient la pensée de Wiesenthal. Plutôt qu’une projection du message, le comédien lit la réponse écrite se faisant le porte-parole de la pensée.

La figure de Wiesenthal

Simon Wiesenthal est un héros de la Shoa au même titre que ceux filmés par Claude Lanzmann dans son documentaire éponyme. Ces survivants ont des visages marqués par l’atrocité de l’histoire. Ils sont chargés de l’horreur et de la souffrance qui explosent à la caméra, une bombe dramatique que peine à dégager Thierry Lhermitte. Son interprétation plutôt froide. Les phrases sont des flèches qui manquent parfois d’empathie. L’association Wiesenthal-Lhermitte n’est donc pas immédiate. Finalement, le récit prend le dessus, une réflexion qui ne laisse pas indifférent.

Fleurs de soleil est programmé dans le cadre du festival Paroles citoyennes, Dimanche 1er Mars au Théâtre Antoine. Il est joué jusqu’au 29 Mars dans la très belle salle du Théâtre Antoine, également.

Informations sur le festival Paroles citoyennes, du 20 Février au 9 Mars à Paris.

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