Une nuit éblouissante

Après le carton d’Elephant in the room, le second opus du Cirque Le Roux était attendu avec beaucoup d’émotion. La très talentueuse troupe des Landes revient avec La Nuit du cerf, un conte franco-québécois déluré. La force de ce collectif se trouve entre autre dans une créativité débordante et une grande maîtrise du jeu burlesque. Cette deuxième mise en scène de Charlotte Saliou est fortement influencée par le cinéma. Dans une ambiance familiale, nous avons assisté à ce show cinématographique en ce début 2020.

@ Jean-Marc Helies

Dans la grande salle du Théâtre Libre, plus de 900 places, l’ambiance est digne d’un spectacle de noël pour comité d’entreprise. Calés dans les douillets fauteuils de la zone carré d’or, l’enchantement prend place.

Au début, une vidéo projette sur un écran géant de tulle un environnement forestier dans lequel rode une famille de cerfs. Le générique défile ; ce qui permet d’introduire les six personnages. Puis, un certain James Brown surgit sur le plateau. « Ça y est, je me souviens. Mon nom est James. James Brown. J’ai 28 ans et dans 24 heures, je serai mort. » Cette étoile montante d’Hollywood lance l’histoire à la manière d’un narrateur. Nous sommes dans la maison de Miss Betty, un personnage déjà présent dans Elephant in the room. Flash-back : 24h plus tôt.

© Francesca Torracchi

Les enfants de Betty (Béa, Roland et Tibou) sont réunis avec les conjoints (Nancy et James) pour les funérailles de leur mère. Leurs visages rayonnant dissimulent quelques névroses qui éclatent à l’arrivée d’Edmond. Les funérailles dérapent.

Un univers inspiré du cinéma

Ambiance baroque déglinguée dans la propriété de la défunte Betty. L’intrigue se déroule essentiellement dans la majestueuse entrée de la demeure. Côté jardin, une alcôve ouvre sur la cuisine alors qu’à l’opposé l’ouverture conduit à la chambre. L’amplitude du plateau permet la création de plusieurs espaces avec des atmosphères nuancées allant de l’intime et au grandiose.

Après la vidéo introductive, d’autres images sont projetées pendant le spectacle sur deux écrans de tulle. La vidéo intervient de manière illustrative par la convocation d’images du passé ou de l’extérieur. Le genre cinématographique est aussi perméable sous l’angle esthétique inspiré du mouvement Grindhouse des années 70.

L’utilisation de la vidéo est surtout narrative contrairement à d’autres emplois dans le théâtre. Certains metteurs en scène, à l’instar de Cyril Teste, utilisent la vidéo comme matériaux structurant le récit. Par exemple, dans la pièce Nobody, Cyril teste réalisait sur scène un film projeté en direct sur un écran placé au-dessus du plateau. Les spectateurs pouvaient voir simultanément le film projeté et la pièce sur la scène. Les cameramen sont présents sur le plateau et deviennent partie intégrante du spectacle au même titre que les comédiens. Les images ne sont pas figuratives puisqu’elles participent à la construction du récit.

Dans cette perspective, l’usage du terme ciné-cirque était prometteur. Petite déception donc puisqu’il repose surtout sur un hommage au cinéma plus qu’à la confrontation du savoir-faire cinématographique avec la technique circassienne.

@ Francesca Torracchi

Du cirque-théâtre virtuose

Une technique du cirque hautement maîtrisée par les interprètes qui déploient une énergie débordante. Leur jeu comique va du burlesque à l’absurde. Les personnages sont puissants. Leur intensite permet de tuiler finement les performances circassiennes avec le théâtre. On passe du théâtre au cirque sans rupture et sur une même tonalité. Cette fluidité est présente lors des numéros de portés et d’équilibres. Gros coup de coeur pour le numéro de porté sur rollers.

L’harmonie de la musique, du jeu, des couleurs et des performances façonne un spectacle très cohérent et joliment mis en lumières par Pierre Berneron. Les numéros sont époustouflants. De quoi éblouir les spectateurs comme des lapins pris dans les phares d’une voiture, autrement dit en anglais : A deer in the headlights.

Au trois-quart de l’histoire, la scénographie se transforme en espace épuré pour une longue séquence de cadre russe et de funambule finement éclairée rappelant la famille de cerfs de la vidéo d’introduction. La boucle est bouclée.

Au final, la fabuleuse énergie créative du Cirque Le Roux a rayonné sur la capitale. La Nuit du cerf est un spectacle à voir en famille. Souhaitons-leurs beaucoup de réussite dans leur tournée 2020 et de ne pas basculer dans les grosses machineries commerciales.

Amis parisiens, ne tardez pas ! Le spectacle est joué au Théâtre Libre jusqu’au 9 Février.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :