Festival Decouflé à Chaillot

Tout doit disparaître pour que tout réapparaisse, telle était la promesse de Philippe Decouflé à la présentation de saison en mai 2019. A la rentrée 2019, la compagnie DCA (Diversité, Camaraderie et Agilité) a envahi le théâtre de Chaillot à l’occasion d’une grande fête réunissant plus de 70 camarades-artistes de toutes générations. Tout doit disparaître a été l’occasion de remuer 35 ans d’histoire où les esprits d’antan rencontraient la vitalité des jeunes artistes. Un regard drolatique, voire nostalgique, sur le travail créatif d’une compagnie pas comme les autres.

Un joyeux bordel

Après trente minutes d’attente sur l’esplanade du Trocadéro, l’équipe du théâtre nous accueille en haut du grand escalier de marbre de Chaillot. Programme et plan des animations en mains, nous sommes parés pour quatre heures de déambulations et deux rendez-vous. Le spectacle principal a lieu dans la salle Vilar. Le second rendez-vous en salle Gémier est dédié à Triton. Le studio Béjart accueille le public en continu pour des numéros extraits des autres créations de Decouflé.

Dans les couloirs, les escaliers ou le foyer, des installations interactives comme les Opticons mettent en lumière les recherches de la compagnie en matière d’illusion optique. Tel un cabinet de curiosités, un atelier costumes est reconstitué dans un recoin. En plus des deux rendez-vous, les déambulations des créatures et des personnages burlesques surprennent les visiteurs. Aucune pause donc pour le public. Sur le chemin de la salle Gémier, un très joli autel commémore les artistes disparus de la compagnie. Programme chargé !

Sur le papier, tout cela paraît clair. Dans la réalité, c’est un joyeux bordel ! Ça grouille, ça se bouscule, parfois ça rouspète lorsque l’accès au studio Béjart est refusé à cause d’une salle déjà pleine. Pour vivre pleinement les animations, il faut lâcher prise et se laisser porter par ce joyeux tintamarre. Place aux étonnantes créatures et aux interpellations fantasques des personnages burlesques.

Créature sur le chemin de la salle Gémier

Pour réguler les flux de spectateurs, deux pass sont disponibles. Le pass noir donne accès à une rétrospective de plusieurs spectacles comme Décodex ou Wiebo. Le pass blanc permet d’assister à une reprise de Shazam. Nous avons testé les deux.

Déambulation des insectes dans le grand foyer

Les personnages circulent des plateaux vers les animations. La vue sur la Tour Eiffel depuis le foyer est déjà un spectacle en soi. L’expérience est démultipliée lorsqu’une troupe de majorettes y défilent joyeusement. On passe d’une représentation à une déambulation en continu. L’occasion d’approcher les danseurs et d’apprécier la diversité des personnages et des costumes.

Cabinet atelier costumes

Au passage, coup de chapeau à la création costumes et stylisme de Laurence Chatou et Philippe Guillotel et à leur équipe de création. La théâtralité passe par la transformation des corps revêtus de mailles élastiques qui prolongent les mouvements. Ces corps déjà très expressifs sont augmentés par des matières, des formes et des couleurs extravagantes. L’imaginaire est hétérogène puisqu’il évoque le cirque, le monde forain, l’univers des insectes ou le cabaret burlesque.

Les détails sur l’autel en hommages aux disparus de la compagnie

Les mémoires pleines d’oubli

La compagnie DCA n’a jamais constitué de répertoire. Après quelques années, un spectacle s’endort et laisse sa place au suivant. Que reste-t-il de cet art éphémère après le passage du temps ? Plus qu’une Nième représentation, la reprise de Shazam est une mise en abyme du spectacle créé trente ans plus tôt. Sur scène, les artistes d’antan ont rejoué ce ballet mythique à l’exception du défunt Christophe Salengro dont la mémoire a été honorée en fin de spectacle. Une mise à distance d’une chorégraphie distanciant déjà l’art de la représentation. Sur scène, Philippe Decouflé pose un regard moqueur sur l’image des danseurs : « Je suis très heureux d’être là avec vous ce soir, heureux mais en même temps gêné de vous parler, moi qui suis danseur et qui ai l’habitude de m’exprimer avec mon corps. » Plusieurs fois, cette réplique était reprise à l’identique par d’autres interprètes sous la forme d’intermèdes.

Triton en salle Gémier

Un côté vintage

Pour témoigner du temps écoulé, une vidéo de Shazam 1998 était projetée sur un écran au fond de scène. Les traces des années sont par exemple les écarts d’amplitude des gestes ou des corps moins virtuoses. Des empreintes endogènes au spectacle mais pas uniquement puisque ce nouveau Shazam résonne avec une poésie des temps d’avant à l’ère du numérique où les plateaux sont occupés par les nouvelles technologies. Les effets de perspectives du numéro « Enfilade des cadres » dégagent toutefois une véritable ingénuosité. Les troubles perceptifs générés par les machines optiques ont certes pris un coup de vieux. Mais l’amusement reste intacte et la créativité de la compagnie DCA dégage une espiègle naïveté. L’énergie potache et festive montre la force du collectif qui après trente ans est au rendez-vous pour célébrer son histoire. Du rétro aussi en salle Gémier, où se succèdent des séquences de Triton, un spectacle créé pour le Festival d’Avignon en 1990. On y célèbre l’esprit forain avec beaucoup de dérision.

Les saluts après Triton dans la salle Firmin Gémier

Hommage à Wiebo

Souvenir plus récent, la reprise de Wiebo, créé en 2015 à l’occasion de l’exposition Bowie à la Philarmonie, a galvanisé la salle Vilar. En chef de fil, le chanteur et musicien Nosfell, invité chez Decouflé depuis Octopus en 2010, incarne un David Bowie enflammé.

L’ame de la danse a ainsi agité le grand Théâtre national de la Danse Chaillot. L’esprit de camaraderie et l’univers fantaisiste d’un chorégraphe phare de la culture française a résonné dans le temple de la danse contemporaine. Un fabuleux festival Decouflé est apparu.

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