Avec Mnémosyme, Nadj révèle sa mémoire

Le chorégraphe serbe, Josef Nadj ouvre sa mémoire au travers d’une exploration mnémonique (du nom de la déesse Mnémosyme) en deux temps. Avant d’entrer dans une petite salle obscure, une sorte de camera oscura, le public est invité à découvrir une trentaine de photographies. Une étonnante série de clichés noir et blanc dont le personnage central est une grenouille écrasée. Au cours d’une performance de vingt minutes, Mnémosyme interroge l’image photographique. Une expérience étrange dont on ressort troublé : qu’a-t-on vu ?

@ Blandine Soulage

Josef Nadj est né en Serbie dans les années 50. Après avoir dirigé le centre chorégraphique national d’Orléans de 1995 à 2016, il a créé sa compagnie Atelier 3+1 en 2017. Formé aux Beaux-Arts de Budapest, il se dirige vers la danse contemporaine lorsqu’il arrive à Paris dans les années 80. Créé à la Biennale de la danse de Lyon en 2018, Mnémosyme a été présenté lors du festival Paris L’été 2019. La compagnie s’est installée dans le Lycée Jacques Decour aux pieds de la butte Montmartre pour trois représentations quotidiennes du 30 Juillet au 3 août.

@ Blandine Soulage

A l’époque des cinématographes

L’esthétique de la performance rappelle le temps des cinématographes. Sur la petite scène de la salle obscure, le danseur esquisse des gestes lents voire saccadés rappelant les premiers films noir et blanc. La performance est une succession de courtes phrases chorégraphiques. Ainsi, un homme au visage bandé entre par une ouverture à gauche de la scène et ressort par une seconde ouverture située à l’opposé. Il réalise différents passages comme s’il déposait des fractions de l’histoire à la manière de calques photographiques. A chaque apparition, il place sur la scène un objet qui constitue l’image finale. Le dernier élément de la composition est la grenouille écrasée que l’on retrouve sur les clichés de l’exposition. Un flash photographique marque la fin de la performance.

@ Blandine Soulage

Frictions des temps

La performance est la mise en mouvement d’une photographie. Le croisement de l’art visuel et de la danse fait émerger une écriture hybride où le vocabulaire gestuel se rapproche de l’image statique. Dans Les Corbeaux, performance réalisée en 2010, Nadj laissait les traces de sa danse sur une feuille blanche. A l’inverse dans Mnémosyme, il chorégraphie une image figée. Friction des temps, avec la danse, la photographie devient éphémère. La mise en mouvement de la photographie renvoie à la notion du temps : éternel contre éphémère.

@ Blandine Soulage

Sur la route de Tisza

Aussi étonnante que singulière, la performance met en mouvement une photographie dont la protagoniste principale est une grenouille écrasée. Les grenouilles aplaties viennent d’une histoire vécue à Tisza, la ville natale du chorégraphe. Sur une route qu’il empruntait à bicyclette, les voitures et les camions roulaient sur l’animal et le transformait en tôles de crapaud. Le chorégraphe plasticien rend hommage à ces pauvres bêtes qui faisaient partie de sa jeunesse. Digne d’un cabinet de curiosités, la chorégraphie est portée par une musique de Schubert d’un autre temps.

Photo prise avant la représentation

Après une tournée française en 2019, l’équipe sera en Roumanie et en Serbie au mois de Novembre. Evidemment troublant, l’univers de Josef Nadj dégage une immense poésie que nous conseillons au plus grand nombre.

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