Une traversée loufoque au Parvis d’Avignon

Virtuosité et facétie pour cette bande de clowns venus d’Europe. Au loin, des bombardements provoquent la cavale de cinq clowns. Dans l’urgence, leur course est stoppée par une rivière qu’ils tentent de traverser. De l’autre côté de la rive, un poste frontière. L’apparition de deux gardes complique leur tâche. Sur la base d’un canevas simple, le charme de cette comédie prend sa puissance dans les va-et-vient entre le comique et le tragique où les corps virevoltent. Ces bouffons polyglottes se rejoignent sur une langue commune, le Gromlo. Traverser la rivière sous la pluie est une création du Collectif 2222, mis en scène par Tylda Barès. Nous y étions pour la générale avignonaise, le 16 Juillet.

En Mai 2018, ce jeune collectif n’avait pas un an lorsqu’il participait au Festival Le printemps des arts dans les arènes de Montmartre. Après une année d’exploitation et le prix du public au Festival des Arts du Mime et du Geste (Mimos 2018) en poche, ils débarquent à la mi-parcours du Off 2019. Formés à l’école Jacques Lecoq, les sept comédiens étincellent dans cette ancienne chapelle transformée en salle de spectacle.

Du comique au tragique

D’abord, un couple dont la femme est enceinte et leur gros bébé déboulent à jardin (à gauche du plateau). Ils sont rapidement rejoints par une grand-mère pliée dans une valise à roulettes ouverte et tirée par un jeune homme, son fils. Où vont-ils ? Peu importe, sous la menace des bombardements, il y a l’urgence de la fuite. Des clowns en cavale à jardin et des clowns autoritaires à cour (droite du plateau). Ne cherchons pas l’Auguste ni le clown blanc, il s’agit de bouffons en civil qui « se donnent du jeu » à l’image d’une patate chaude. L’énergie se propage ainsi d’un comédien à l’autre. Les situations s’enchaînent dans le seul but de traverser la rivière. Très vite, ils se retrouvent dans des situations invraisemblables. Le jeu est juste. Sans excès, cela fonctionne à merveille ! Dans le comique, nous aimons le gros bébé dont la tétine a atterri par malchance de l’autre côté de la rive, qui tête joyeusement le pouce du jeune homme. Dans le tragique, l’abandon de la grand-mère dans sa valise trop lourde pour passer sur le pont de fortune.

Un regard candide sur l’humanité

Privés de leur langue maternelle (français, anglais, suédois, turc et norvégien), les comédiens s’expriment avec leurs corps et parlent le Gromlo. Des corps instinctifs virevoltent comme des pantins sur la très large scène de la chapelle. Bannissant les rictus de mauvais goût, ces bouffons excellent dans la maîtrise physique, sursauts, tremblements et crispations engageant tout leur corps. Un vocabulaire physique puisé dans une large gamme de mouvements et de gestes universels qui en dit long sur leurs émotions. Place à l’essentiel pour ces candides personnages venus de nulle part et allant, on ne sait où. Peu nous importe d’ailleurs, puisque là n’est pas le propos.

L’absurdité des situations contraste avec le réalisme de la création sonore. A la surprise du public, la spatialisation acoustique donne vie à la grande salle de la chapelle. Nous aurions aimé un éclairage optimisé sur les extrêmes pour mieux apprécier les actions méritant une mise en lumière. Soyons indulgents, c’était la Générale.

Arrivés en fanfare le jour de la fête nationale, souhaitons-leur autant de succès qu’ils nous ont émerveillés. Traverser la rivière sous la pluie, au Parvis d’Avignon du 18 au 23 Juillet à 11 h.

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