Fanny et Alexandre (et Julie)

La saison 2018-19 célèbre le centenaire d’Igmar Bergman. A cette occasion, le metteur en scène suédois est introduit au sein du saint des saints, la maison de Molière. Curieusement, il est commun de penser que Molière a joué salle Richelieu or il est mort huit ans avant la création de la Comédie Française en 1680. Retour sur une journée initiée par une visite exceptionnelle des ateliers costumes et ponctuée par la représentation de Fanny et Alexandre, une mise en scène de Julie Deliquet.

@ Brigitte Enguérand

Le savoir-faire de l’habillement

L’ascension d’un escalier sinueux nous mène dans les ateliers des costumes logés sous les toits du théâtre. Une vraie ruche où l’on croise tailleurs, repasseuses, lingères, costumières, modistes et régisseuses textiles. De loin, nous apercevons aussi le créateur des costumes de La vie de Galilée ; la première est le 7 juin. A la lingerie, il faut quatre heures pour repasser une collerette avec un fer à tuyauter chauffé au four. Les manchettes, les fraises ou les cols de chemises sont trempés dans l’eau amidonnée (amidon de riz) car en séchant le coton se rigidifie et conserve son volume. Pour les tailleurs, les tissus viennent d’Angleterre. L’étoffe la plus prestigieuse est une Organza importée du Japon. Elle avait été utilisée pour Andromaque en 2014. Enfin, la régie costumes conserve une redingote en soie datant du 18è siècle et une armure métallique pesant une bonne douzaine de kilos. La découverte de ces pépites se ponctue par une entrée en salle Richelieu en travail. Alternance oblige, la scénographie manipulée par les régisseurs n’est pas celle de Fanny et Alexandre.

@ Brigitte Enguérand

Une mise en scène ouverte sur les coulisses

20h30, salle Richelieu. Pour lancer le spectacle, Denis Podalydès adresse aux spectateurs, de manière très réaliste, sa vision du théâtre. Dès cet instant, l’ambiguïté entre l’acteur et le personnage est posée. Qui parle ? Podalydès ou Oscar Ekdahl ? Plus tard, d’autres comédiens comme Hervé Pierre et Elsa Lepoivre reprennent le même jeu en cassant le quatrième mur par des adresses au public. On entre et on sort ainsi dans l’histoire. La metteur en scène installe un troisième niveau de jeu par de scènes de théâtre dans le théâtre notamment une répétition d’Hamlet dirigée par Oscar/Podalydès (tout deux metteur en scène et comédien) ou une scène de La Maison de poupée et quelques vers de Phèdre jouée par Héléna interprétée par Dominique Blanc. L’interstice entre réalité et fiction ainsi que la limite entre jeu et non-jeu sont le fil conducteur de la mise en scène. Les initiés entendrons les allusions aux rôles passés d’Héléna/Blanc : la Locandiera et Phèdre. La porosité dépasse le jeu des comédiens puisque l’occupation de l’espace et la scénographie sont également pensées à plusieurs strates. Au début, le public observe la scène du banquet à travers le rideau transparent. Une fois celui-ci levé, la fête a lieu sur un plateau complètement ouvert de sorte que les coulisses sont à vue offrant une large profondeur de champ. On se régale ainsi à voyager entre l’histoire de la famille Ekdahl et celle de la troupe du Français.

© Brigitte Enguerand

Des figures masculines dérangeantes

Au-delà du troublant parallèle entre le « petit monde » de la vraie vie et le « grand monde » du théâtre, Fanny et Alexandre dérange par des figures masculines monstrueuses. Thierry Hancisse incarne l’évêque Vergerus, un beau-père sadique et pervers. Il détient le rôle principal de la cruauté. Toutefois, il n’est pas isolé dans cet exercice puisque Carl Ekdahl, joué par Laurent Stocker, rayonne par sa grossièreté et sa méchanceté envers sa femme. Gros rustre, ce professeur éteint des bougies en pétant sur les flammes. On frôle la malséance. Encore une fois, on est sur le fil…

Serait-ce une coïncidence d’avoir organisé une visite de la maison de Molière le soir d’une représentation de Fanny et Alexandre comme initiation à la Comédie Française ? Flair ou hasard, les astres étaient alignés en ce 28 mars. Un alignement d’étoiles nommées Bergman, Comédie française et Julie Deliquet.

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