Autopsie d’un Amour impossible

D’abord joué au Théâtre de l’Odéon en 2018, Un Amour impossible a investi le 104 à Paris en Février 2019. Nous y étions le jour de la Saint Valentin. Drôle de paradoxe puisque l’histoire de Christine Angot, frappante par son réalisme, n’est pas vraiment un éloge de l’amour.

L’histoire commence par la fin : la mort du père incestueux. Au travers d’une analepse, le public plonge dans l’enfance paisible de Christine, née de père inconnu à Châteauroux dans les années 70. La relation mère-fille est bouleversée lorsque Rachel, la mère, organise des visites avec le père retrouvé. La mise en scène de Célie Pauthe fait résonner ce texte cru sur cet immense plateau du 104.

Un immense plateau pour un huis clos

Dans une froide pénombre, deux femmes errent lentement sur la scène vide comme des dames sur un échiquier. Lentement, les silhouettes se croisent en parlant de la mort du père et de son enterrement. Rachel n’accompagnera pas Christine à la cérémonie. Noir.

Pendant le noir, mais à vue, les régisseurs plateaux assurent le changement de scénographie. Puis, l’histoire reprend dans les années 70 dans l’appartement de Châteauroux où vivaient les deux femmes. Les meubles comme les costumes sont ordinaires et quotidiens. Maria de Meideros, comédienne de 53 ans qui joue Christine, a neuf ans. Elle saute et s’agite comme une gamine. Son jeu contraste avec celui de Bulle Ogier qui est plus posée. Maria, pleine d’énergie, pétille alors que Bulle, détachée de la réalité, plane. Nous traversons les décennies de la relation entre ces deux femmes à coup d’ellipses. Le plateau est si grand que l’on passe d’un monde à l’autre grâce à une spatialisation lumineuse. Puis, Christine expose ce que nous appelons un réquisitoire libératoire.

Un réquisitoire libératoire

Après une longue absence et une profonde analyse, Christine rend visite à sa mère pour expliquer le crime dont elle a été victime. Sa démonstration est scientifique. Elle parle de logique : « il y a une logique maman, il y a une logique dans tout ça. Il y a une logique de fer. Ce n’est pas une histoire personnelle tu comprends, c’est pas une histoire privée ». Par un long monologue soutenu de courtes relances de Rachel, elle revient sur le contexte social de la rencontre entre ses parents. Les mots sortent comme des flèches. Il ne s’agit pas d’une histoire personnelle mais d’une histoire de classes sociales, celle d’un homme riche qui rejette une femme juive et pauvre. Christine explique qu’il est « lui dans son monde supérieur et [elle] dans ton monde inférieur ». Selon elle, après avoir nié sa fille, le père la viole pour humilier la mère et lui faire honte. Les mots sont durs et sans appel. « L’interdit fondamental, là, c’est plus celui des relations sexuelles entre ascendants et descendants, mais celui de la mésalliance. » Un amour politiquement et socialement impossible, donc.

Un réquisitoire accusant un système politique et social auquel Rachel répond par ces mots de Proust : « De l’état d’âme qui cette lointaine année-là, n’avait été pour moi qu’une longue torture rien ne subsistait. Car il y a dans ce monde où tout s’use, où tout détruit encore plus complètement, en laissant encore moins de vestiges que la Beauté : c’est le Chagrin. » Triste lueur d’espoir en ce soir de Saint Valentin.

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