F(r)iction des genres

La 30è promotion du CNAC présente F(r)iction à l’Espace Chapiteau de La Villette en Janvier 2019 : un spectacle de cirque plutôt aérien avec de belles performances techniques. Ce travail de fin d’études réalisé en trois mois et dirigé par Antoine Rigot et Alice Ronfard, de la Cie Les Colporteurs est un remarquable travail très abouti.

Crédit photo : Emmanuelle Dauboin

Pendant l’entrée des spectateurs, les élèves dansent sur une musique électro recouverts d’une bâche de film blanc transparent. Les silhouettes des corps musclés sont projetées sur le plastique à la manière d’ombres chinoises. Le son monte, le rythme s’accélère. Puis, un des danseurs enlève le plastique, les circassiens se dispersent sur le plateau. Ils portent des sous-vêtements couleur chaire indépendamment de leur genre : brassière pour les hommes et caleçon pour les femmes. Certains hommes ont une attitude très féminine tandis que certaines femmes très charpentées sont plus masculines. Dès le début, la frontière des genres est poreuse.

Crédit photo @

D’emblée, le collectif est solide : beaucoup d’écoute et d’harmonie. L’unité est remarquable notamment lors du premier numéro de portée. La contorsionniste Lucille Chalopin réalise des figures sur les mains de ses camarades eux-même debout sur une table. Les mouvements sont fluides et les porteurs ne forment qu’un. Les changements d’agrès sont également orchestrés avec précision comme un ballet. Les numéros tuilés mêlent les disciplines. Au mât chinois, le duo rencontre la funambule par des croisements du sol au sommet du mat. Toutefois, cette harmonie n’efface pas certaines inégalités techniques. Au trapèze volant, la suèdoise réalise avec brio un lâcher « Ginger ». Rémi Auzanneau exécute des combinaisons de hautes volées à la bascule coréenne. Martin Richard associé à Johannes Holm Veje proposent une époustouflante voltige au cadre russe avec également des figures inspirés de la gymnastique comme le Def. Soulignons aussi l’originalité du numéro de sangle-rollers très fluide et virtuose et celui d’un duo entre une funambule et une voltigeuse accrochée à un fil par sa queue de cheval. La performance technique est mêlée à un travail sur les personnages qui mériterait d’être amplifié.

Crédit photo – Christophe Raynaud de Lage

Le texte d’inspiration est La Tempête de Shakespeare avec ses thèmes universels : le pouvoir, l’amour et la liberté. Mais la lecture de la pièce n’est pas immédiate et les personnages ne sont pas dessinés. Le groupe a assimilé ces notions en leur injectant leur vision contemporaine. Les numéros s’enchaînent avec des pointes d’humour et des intermèdes musicaux jusqu’à la cérémonie de mariage collectif. La musique réalisée par Gaspard Panfiloff oscille entre électro, rock et classique. Au final, F(r)iction brouille la notion du genre par une scène finale présentant des couples mixtes au travers d’un mariage à plusieurs. Une interprétation de La Tempête qui aurait sûrement plu à Shakespeare.

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